A chacun son destin,
Les bateaux ont le leur.
Certains se souviennent,
D’autres ont une âme...
Celle de “ Fleur des ondes “ vous raconte ...

Historique:

Mon nom est “Fleur des Ondes” . C’est joli, non ?
J’ai été construit au chantier Rolland en 1953, à Primel, non loin de Morlaix, dans le Finistère Nord, pour le compte d’un patron pêcheur de Moguériec, Jean Abjan Père et fils, actuellement en retraite.
Ma vocation première fut la pêche à la langouste en Manche et Mer du Nord. Mon équipage, constitué de sept marins pêcheurs, partait pour des campagnes qui duraient le temps de remplir mon vivier contenant 9 tonnes de langoustes. C’était l’époque bénie d’après guerre, quand les pêcheurs rejetaient à la mer les tourteaux pour ne garder que les langoustes et les homards...

 

Ma fierté c’est d’avoir été construit entièrement en chêne,
selon les meilleures traditions, ce qui m’a permis de conserver toute ma splendeur et ma robustesse. Le “savoir faire” extraordinaire des charpentiers marines
de l’époque a permis de réaliser une coque qui a gardé toute sa jeunesse et reste aussi robuste qu’à mon premier jour de mer, malgré mon age et le nombre de miles parcourus...
Il faut imaginer le nombre d’arbres nécessaires à ma construction.
J’ai été conçu à une époque où l’on abandonnait progressivement la propulsion à voile pour donner priorité à la mécanique. Je suis donc un dernier témoin, encore en navigation, d’une période de transition.
Ma grand voile aurique sur un mat assez court mais sur une bôme de plus de 7 mètres développe 60 m2; mon artimon, aurique également, situé à l’arrière de la passerelle, comme sur un yawl, déploie 35 m2 et me permet de rentrer dans la famille des “Dundee “. Avec ma petite trinquette à l’avant, cette surface de voilure est suffisante pour pêcher et faire route dans les allures portantes. Au près, ces voiles me permettent de bien me caler en navigant au moteur et en m’empéchant de rouler pour le confort de mon équipage.

En 1970, mon patron, Jean Abjan prend sa retraite et achète pour son fils Jean la “ Fleur de France “ et le “ Caprice des Ondes “ pour son fils Guy. Je change alors de main au profit d’un patron pêcheur de Loguivy de la mer, Michel Bocher.
C’est à cette date que je m’installe à Paimpol et que je continue mon travail en
compagnie d’autres langoustiers comme la “ Glaneuse ” ou la “ Petite Laurence ”.
Michel Bocher, maintenant propriétaire du “ Gimako ” aime me rendre visite et se souvenir avec nostalgie de nos campagnes où il arrivait parfois à remplir mes cales en seulement deux jours de pêche...

L’évolution des techniques, les contraintes des règlements, les permis de mise en exploitation, les objectifs de productivité finirent par avoir raison de ma carrière. Commence alors pour moi une triste période d’abandon, partagé entre l’amarrage à un quai de Paimpol et l’échouage sur une cale de carénage. J’en veux beaucoup aux hommes politiques qui ne comprennent rien au langage des bateaux. Un certain Monsieur Mellic a juré ma perte en inventant une prime de déchirage !
J’attends fébrilement ma destruction jusqu’au jour où un Paimpolais, marin de métier, a la bonne idée de créer une Association portant mon nom afin de me sauver d’une mort annoncée. Hélas, il n’a pas le temps de s’occuper de moi et il réalise des travaux à la hate pour cacher la misère de mes oeuvres mortes qui ont souffert pendant mon abandon. Ainsi, mon pont en iroko a été recouvert de lino afin d’éviter les fuites d’eau dans le carré... Heureusement, j’ai pu réintégré une place à quai dans le port de Paimpol jusqu’au jour où un vieux ketch Danois de 1923, en parfait état, vient se mettre à mon couple. Je sens bien que son propriétaire, passionné, s’intéresse à moi et s’inquiète de mon abandon. Il décide de revendre “ Nuage ”, devenu depuis “ Etoile de Bricourt “ à la flotte de Bob Escoffier “ Etoile Marine “.

Aujourd’hui, mes oeuvres vives sont dans un état exceptionnel de conservation, aux vues de différents experts, et ma restauration a porté sur les oeuvres mortes, gréement, pont, plat bord, roof, pavois, moteur, électricité et aménagements intérieurs.
Le vieux DK 6 a été remplacé par un perkins 6 cylindres moins bruyant, moins volumineux et plus sobre! Le pont et les plats bords ont été refaits en mélèze par un chantier de Douarnenez. La cambuse est restée d’origine avec ses 7 banettes anti roulis taillés dans la masse des bordées. Le vivier a été transformé en un vaste volume qui a permis la création d’une cuisine, une salle d’eau/douche, deux cabines doubles, l’une à bâbord, l’autre à tribord et un séjour de plus de 30 m2.
La timonerie a été repensé pour plus de confort en navigation de plaisance. Un Beau-pré de 7,50m a été également mis en place, le mat principal a été prolongé d’un pic me permettant de naviguer aux allures portantes à 8 noeuds sans le moteur. Il ne s’agit pas de me transformer en bateau de course pour faire des régates, mais avec mon poids, ma structure et mon nouveau plan de voilure, je deviens un “fifty” extrêmement sûr, sécurisant, confortable, capable de sortir par tous les temps.
Ceci fait de moi un navire à exploitation multiple et je retrouve mon bonheur.